5 monuments disparus de Paris

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Imaginez, Paris sans la basilique du Sacré Coeur, construite en 1875 ... © Gabriel Dufresne
Imaginez, Paris sans la basilique du Sacré Coeur, construite en 1875 ... © Gabriel Dufresne

« Paris sera toujours Paris » chantait Maurice Chevalier, mais la Ville Lumière n’est pas pour autant insensible aux affres du temps ! Et si tout le monde connait les monuments emblématiques actuels, le patrimoine parisien est vaste, et le passé glorieux… Vivre Paris vous raconte 5 de ces monuments disparus de la capitale.

1. A Porte Maillot, là où se dresse aujourd’hui le Palais des Congrès, existait autrefois un parc d’attractions ! Le Luna Park fut ouvert de façon permanente de 1909 à 1948 ; c’était alors le plus grand parc de loisirs de Paris. Il est le troisième parc d’attractions de l’histoire de France, après les jardins de Tivoli et Magic City : il était conçu sur le modèle new-yorkais du célèbre parc de Coney Island. Sous l’Occupation, les allemands en ont fait l’un de leurs lieux de divertissement préférés, où les dénonciations allaient bon train. C’est cette malheureuse réputation qui a causé la fermeture du Luna Park… Mais son « Scenic Railway », ses montagnes russes, sa « Water-Chute », et son « Palais des folies » (une piste de danse) ont fait sensation auprès des parisiens pendant près de 50 ans !

Entrée du Luna Park, 1910

2. Savez-vous à partir de quel point focal la perspective des Champs Elysées, place de la Concorde et jardin des Tuileries a été conçue ?  Le palais des Tuileries, dont les 266 mètres de façade faisaient face au Louvre. C’est Catherine de Médicis qui commande la construction du palais (et d’un grand jardin à l’italienne – ancêtre du jardin des Tuileries) à Philippe Delorme (et ensuite Jean Bullant), en 1564. Ce Palais gigantesque (dont les modifications et travaux n’ont jamais cessé pendant 3 siècles) fut la résidence de nombreux rois, le siège du Premier Consulat et de la Première République. Le 23 mai 1871, trois communards allument un feu qui détruira la bâtisse. Le pouvoir déménage au Palais de l’Elysée et il faudra attendre 1883 pour que les ruines du palais soient rasées. Aujourd’hui, à l’ancienne emplacement du Palais (derrière l’Arc de Triomphe du Carrousel) se trouve une petite plaque explicative.

Arc de Triomphe du Caroussel du Louvre avec le Palais au second plan – « Un jour de revue sous l’Empire » par Hippolyte Bellangé – 1810

3. La Place de la Bastille a longtemps abrité une statue un peu particulière qu’on appelait « Fontaine de la Régénération ». Erigée en 1793, cette fontaine représentait la déesse égyptienne Isis entourée de deux lions. Sa particularité ? L’eau s’écoulait de ses seins ! Elle fut installée sur les gravas de la forteresse de la Bastille, à l’occasion d’une fête commémorant le premier anniversaire de la journée du 10 août 1792. (Cette journée qualifiée de « Seconde Révolution » a été décisive lors de la Révolution française puisque le peuple y a pris le Palais des Tuileries et la Terreur a commencé.) Pour symboliser la nation se régénérant, ce 10 août 1793, le doyen de la Convention et 86 personnes âgées ont bu l’eau de la fontaine.

Dessin de Charles Monnet

4. A l’occasion des expositions universelles des 19 ème et 20 ème siècles, de nombreux bâtiments hors du commun ont été bâtis dans Paris. Les seuls encore debout aujourd’hui sont le Grand et le Petit Palais, construits pour l’Exposition de 1900. Pourtant, le plus majestueux a été construit quelques années avant : en 1878, par Gabriel Davioud. Là où se trouve désormais le Palais Caillot se dressait une bâtisse incroyable mêlant inspirations mauresques et néo-byzantines : le Palais du Trocadéro. Il tire son nom du fort du Trocadéro de Cadix, pris par les français en 1823 pour rétablir la monarchie absolue en Espagne (d’où l’inspiration mauresque). Le monument, jugé trop exotique et de mauvais goût par le gouvernement et les intellectuels de l’époque fut détruit en 1935.

Photo colorisée du Palais du Trocadéro – 1900

5. Sur l’actuelle Place du Châtelet, au XII ème siècle, Louis VI y fit construire une forteresse impressionnante. Son but ? Protéger l’entrée de l’Ile de la Cité, alors siège du pouvoir. L’édifice accueillit le siège de la prévôté de Paris (la police militaire) et des milliers de criminels y furent donc jugés, condamnés et torturés. Il abritait également la première morgue de Paris… De part son emplacement dans un quartier alors malfamé, son architecture austère et son usage, la forteresse du Grand Châtelet est sans doute l’un des monuments les plus sinistres de Paris, passé et présent confondus. Sa fin est d’ailleurs tout aussi sinistre : elle fut détruite après les massacres du Septembre 1792 durant lesquels 216 détenus furent sauvagement abattus par des émeutiers en colère (la première manifestation spontanée de la Terreur).

La forteresse du Grand Châtelet, vue de la rue Saint Denis – 1800