
La compagnie CoArtRe a décidé de prendre un risque avec sa mise en scène pour cette année ; prendre le risque de regarder les différences en face, sans crainte, osant ainsi mettre l’accent sur la récupération de territoires contestés, où nos personnages sont du côté du monstrueux. Pour cela, nous avons choisi le classique « Les bonnes » du dramaturge français Jean Genet et l’avons mis au service d’une critique socio-politique d’une puissance inhabituelle. Le texte de Genet explore la lutte des classes permanente. Les opprimés et les oppresseurs. Les oubliés et les marginalisés. Personne n’est à l’abri dans cet univers, chacun rêve d’éliminer le chef, le patron, le propriétaire du domaine, le maître qui opprime et punit. La dialectique maître-esclave est l’arrière-plan philosophique de cette pièce. Et c’est là que réside le déséquilibre social, l’inégalité brutale qui gangrène notre société. Dans le texte original, ce problème, sans solution évidente, a dérivé dans la version de ce collectif qui domine, depuis l’ombre, depuis un hangar abandonné à la fiction de quelques personnages qui veulent déshabiller une société coincée dans le néolibéralisme. Ce seront donc les « monstres », ceux qui sont discriminés en raison de leur choix de genre, qui porteront sur la scène le vrai visage d’une société qui a besoin de se regarder en face, sans masque. Soyons justes et disons que l’effort est louable, mais cette tâche est celle de tous. Alors, les voici, personne ne les a choisis, ils se sont présentés à un appel à projet, ils veulent parler depuis la scène d’aujourd’hui au Chili d’aujourd’hui, écoutons-les avec respect, car ils sont les meilleurs d’entre nous, ils sont les statistiques aveugles d’une société qui s’effondre, pour renaître de ses cendres et transformée en la société à laquelle nous aspirons tous.
« Las Monstruas » nous invitent à refonder. S’il y a quelque chose que nous avons appris avec la révolte, c’est de récupérer la dignité, qui n’est rien d’autre que la qualité qui nous fait valoir en tant que personnes. Il faut oser « traverser le miroir » et cela signifie désapprendre et démonter les systèmes de normes préétablies ; nous nous positionnons depuis le baroque latino-américain que nous sommes et qui a à voir avec le monstrueux, la périphérie, et nous devons prendre conscience et démonter, désapprendre et construire d’autres formes de configuration.
Spectacle en espagnol, surtitres français.
Vivre Paris. Tous droits réservés