Ma rue par Achbé : des messages poétiques à la craie

Peut-être êtes-vous déjà tombé sur des messages inscrits à la craie sur les trottoirs de Montmartre. Ou peut-être les avez-vous aperçus sur vos réseaux sociaux. Ces messages poétiques, souvent engagés, parfois humoristiques, c’est Ma rue par Achbé qui les écrit. Rencontre.

Jeudi, fin d’après-midi. Ma rue par Achbé nous donne rendez-vous dans le 18e arrondissement, sur la terrasse d’un charmant café. C’est par là que tout a commencé, dans ce quartier où elle habite depuis 19 ans.

Petit retour vers le passé

Nous sommes en mars 2017. Devant sa porte, Ma rue par Achbé observe les touristes monter, très essoufflés. « C’était un jour où il faisait beau, un peu comme aujourd’hui. Il restait des craies dans mon vestibule alors j’en ai pris une et j’ai écrit « Ça monte, hein ! » pour faire marrer les gens, pour leur donner du courage, pour me moquer un peu, pour leur montrer que la vie à Montmartre ça se mérite, pour faire rire mes voisins et puis pour m’amuser.» Les réactions sont nombreuses, de la part des touristes, de ses voisins et de ses amis Facebook avec qui elle partage la photo du message. Alors elle décide de continuer et écrit un hommage à ses voisins qui résument sa démarche : « Ce n’est pas une rue, c’est une famille ». L’aventure continuera sous le nom de Ma rue par Achbé.

Achbé, ce sont les initiales H et B transformées en lettres. Vous penserez certainement aux fameux crayons des listes de fournitures scolaires, et cette idée plaît beaucoup à Ma rue par Achbé. Mais pour elle, HB ce sont les initiales d’un être cher, disparu, il y a maintenant deux ans.

« En fait, tout ça, je me suis aperçue après coup que c’était directement en lien avec son départ, que je prolongeais la conversation avec ces messages lisibles du ciel. Ces conversations, je les ai maintenant dans ma rue, avec mes voisins et ma communauté aussi. L’envie de s’exprimer, le BESOIN de s’exprimer, l’urgence de s’exprimer, l’impossibilité de se taire naissent souvent d’un drame. »

Des thèmes très variés

Comme un dessinateur de presse, elle aime l’actualité, la politique, ça l’intéresse, la met en colère, parfois en joie. Mais elle aborde bien d’autres sujets : elle écrit sur sa rue, sur l’écriture, la poésie, l’amour, le rêve, les adolescents, la cause des femmes, elle rend aussi hommage à des personnes célèbres qui partent… en bref, des thèmes très variés. Et certains reviennent régulièrement dans ses séries. La série « Du beau ! De l’air ! » sur les poètes, sur l’écriture, une autre, plus humoristique, inspirée de ses ados de 14 et 18 ans, et une qui lui tient particulièrement à cœur : Ces Héros ordinaires. Elle y met à l’honneur les petits métiers qui font vivre les quartiers et les centres-villes. « Ce sont des métiers que je souhaitais valoriser. Ça peut aller de la petite libraire au boucher, en passant par le facteur, les éboueurs, les agents qui nettoient la ville, l’épicerie du coin.»

La cause des femmes lui tient également beaucoup à cœur, comme lorsqu’elle écrit sur le consentement « Quand il acquitte un violeur, est-ce que le con s’entend ? » en soutien à Sarah, 11 ans, estimée consentante alors qu’elle a été violée par un homme de 28 ans.

Fulgurances et plume aiguisée

L’inspiration peut lui venir à tout moment. « Ce sont des flashs qui me traversent. Ça peut être lors d’une balade, dans mon lit ou en travaillant. Ce sont des fulgurances, des idées que j’ai envie de travailler, des idées que j’ai envie de transmettre, et après je réfléchis à la phrase la plus courte possible qui pourra dire tout ce que j’ai envie malgré sa faible longueur. »

Côté style, elle aime la poésie et la musique de la poésie. « Quand tu t’exprimes comme moi par des formules très courtes, tu utilises forcément des figures de style pour faire passer un message. Elles viennent naturellement mais après coup tu te rends compte que ce sont des petits morceaux de poésie… des figures de style comme te les enseignait ton prof en 4e (éclats de rire). Quand il y a eu les attentats par exemple, j’ai écrit : « Face à tant d’attentats, l’amour reste à tenter. », avec une allitération en « T » qui évoque les tirs répétitifs d’une arme.

L’amour du partage

Ce qu’elle aime aussi, c’est l’échange, la réaction des gens qu’elle croise dans la rue, l’interprétation de sa communauté sur les réseaux sociaux. « Sur le trottoir, quand j’ai fini d’écrire, j’échange avec les gens qui passent à côté du message. Sur les réseaux sociaux, je fais toujours une petite intro. Si c’est un sujet d’actualité, je donne des sources variables et variées quand c’est possible. Ça peut aller du Monde au Figaro en passant par Libé et L’Humanité. Je trouve ça intéressant d’échanger, d’avoir des réponses, de réfléchir ensemble. Quand ça a fini d’exister sur les trottoirs, ça continue sa course sur les réseaux sociaux. Je ne veux pas imposer ma vision à tous. Je la donne et elle vit sa vie. »

Le noir et blanc

Si vous les croisez dans la rue, les messages de Ma rue par Achbé sont souvent écrits avec des craies couleurs arc-en-ciel, encore un moyen de relier les messages au ciel. Mais en photo et sur les réseaux, elle préfère le noir et blanc. « Je l’utilise comme une référence à cette période où la couleur n’existait pas encore, ou même si elle commençait d’exister, certains photographes ont continué à s’exprimer en noir et blanc ; Je l’utilise parce que je trouve que ça a une force poétique hallucinante ; Parce qu’on est à Montmartre et que Montmartre a été énormément photographié en noir et blanc. »

Une exposition à l’Alliance française

Dans la rue, l’art est éphémère, d’autant plus lorsqu’on écrit à la craie. Alors, pour péreniser son œuvre, vous l’aurez compris, Ma rue par Achbé photographie ses messages. Jusqu’ici visibles dans la rue d’abord, puis sur ses réseaux sociaux, ses œuvres s’affichent désormais à l’Alliance Française, jusqu’au 20 juillet. Vous pourrez découvrir 50 tirages de l’artiste exposés dans la Galerie Raspail. L’entrée est libre… comme elle !

Ses réseaux sociaux 
Facebook : @marueparachbe
Instagram : @marueparachbe
Twitter : @MarueparAchbe

Les infos pratiques

Adresse: 75018 PARIS