Le saviez-vous ? La rivale de la Seine coule toujours sous les pavés parisiens !

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© Valeri Potapova
© Valeri Potapova

Son petit nom ? La Bièvre. Sa spécificité ? Elle a été utilisée pendant des siècles par les travailleurs parisiens et est désormais entièrement recouverte par du béton et de la terre. On vous raconte l’histoire de la rivière disparue de Paris.

Vous ne connaissez pas la Bièvre ? Et pourtant, cette rivière a vraiment été très utile à nos ancêtres ! Du XIVe siècle au XXe siècle, ce cours d’eau qui se cache aujourd’hui sous les 5e et 13e arrondissements a été abondamment utilisé et exploité par les habitants de la capitale : prenant sa source dans les Yvelines et se jetant dans la Seine (au niveau de l’actuel pont d’Austerlitz), il accueillait alors des centaines de tanneurs, teinturiers, meuniers et autres vieux métiers d’antan qui nécessitaient beaucoup d’eau. Ce cours d’eau était donc tout aussi important que la Seine dans la vie quotidienne des Parisiens.

Plan de Paris en 1789 avec, en bas à droite, le tracé de la Bièvre dans l’actuel 5e arrondissement

Pourquoi tous ces métiers s’étaient-ils installés là et non sur les rives de Seine ?Principalement pour deux raisons : parce que, jusqu’en 1860, l’actuel 13e arrondissement – là où coule la majeure partie de la Bièvre à Paris – ne faisait pas partie de la capitale et parce qu’un décret datant du XIVe siècle interdisait à la plupart des travailleurs communs (c’est-à-dire les ouvriers et artisans de la fabrication) de s’installer dans la ville. Aussi, la Bièvre étant beaucoup moins large que la Seine et ses quais n’ayant jamais été surélevés (contrairement à ceux de sa rivale), il était beaucoup plus simple pour les travailleurs de s’établir sur ses rives, plutôt que sur celles de la Seine.

Tanneries sur la Bièvre Paris, Charles Marville, fin du XIXe siècle

Meuniers, cordonniers, tisserands, corroyeurs, blanchisseurs, mégissiers… Tous ces travailleurs vinrent donc s’installer le long de ce cours d’eau aujourd’hui disparu et y travaillèrent pendant des siècles. Mais, évidemment, qui dit utilisation massive du cours d’eau, dit pollution excessive : de façon quasi inévitable, cette ancienne source d’eau potable se transforma au fil du temps en un cloaque impropre et vecteur de maladies.

Pour des raisons de salubrité publique, la Bièvre sera finalement enterrée et bétonnée sur une dizaine de kilomètres à partir d’Antony et complètement à Paris au début du XXe siècle. De cet ancien cours d’eau, il ne reste aujourd’hui que des plaques commémoratives et des petits médaillons au sol nous rappelant son parcours dans Paris intra-muros :

C.R