Portrait de femme qui a marqué Paris : George Sand

George Sand

Elle était l’un des écrivains les plus influents du 19 ème siècle. Féministe, avant-gardiste, libre, celle qui adopta un nom d’homme pour s’émanciper a marqué Paris de bien des façons. 

Nous sommes le 1er juillet 1804, la petite Amantine Aurore Lucile Dupin vient de naître au 15 rue Meslay (devenu aujourd’hui le numéro 46, 75003). Elle habite avec ses parents, 14 rue de la Grange-Batelière (75009). Elle y vit peu mais c’est dans ce logement, selon elle, qu’est nére sa vocation pour la littérature.

De par son père, fils du maréchal de France Maurice Saxe, Aurore a des origines aristocratiques. Mais de son grand-père maternel, qui vend des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux (75004), elle a également une ascendance populaire.

quai des oiseaux G. Sand Paris femme

Le Quai des oiseaux vers 1900 © Paris Musées Collections

Lorsque son père meurt Aurore n’a que 4 ans. Elle est élevée par sa grand-mère, Madame Dupin de Francueil, au château de Nohant dans le Berry, près de Châteauroux. Elle rend visite à sa mère en hiver, à Paris. Elle joue pendant des heures dans la rue de la Ferme-des-Mathurins, aujourd’hui rue Vignon, un petit coin de verdure dans Paris. Elle écrit dans sa biographie « C’était une sorte de vie de campagne, transportée à Paris, et j’avais grand besoin de cela ».

Il faut dire qu’à Nohant, la fillette vit une existence d’aventures, libre de toute contrainte ou surveillance, partageant son temps entre les jeux dans la nature et la lecture, notamment Rousseau qu’elle adore.

Quand Aurore atteint l’âge de treize ans, sa grand-mère veut la défaire de ses habitudes d’enfant sauvage et l’envoie au couvent des Augustines anglaises, à Paris (75005). Pendant trois ans, Aurore se cherche. D’abord membre à part entière « des diables », un petit groupe d’élèves bravant l’autorité et rejetant l’éducation, puis se calmant au point de songer à devenir nonne…

Finalement, lorsqu’elle quitte le couvent en 1820, l’adolescente retourne dans son Berry. Mais plutôt que de retrouver ses jeux d’enfants, elle s’abandonne à la solitude, marchant des heures dans la nature et se plongeant assidûment dans les oeuvres des plus grands auteurs : Leibnitz, Aristote, Pascal, Condillac, Shakespeare… C’est à cette époque qu’elle commence à s’habiller en garçon, avec un pantalon de toile et des guêtres en cuir, plus pratique pour crapahuter dans la campagne.

Chateau de Nohant Berry G. Sand

Chateau de Nohant © maison-george-sand

Un an plus tard, sa grand-mère meurt, lui léguant tous ses biens. Puisqu’elle est mineure, Aurore (et sa fortune) est placée sous la tutelle d’un cousin, le comte René François Vallet de Villeneuve, propriétaire du château de Chenonceau. Mais sa mère, Sophie Victoire Delaborde la force à la suivre à Paris. Aurore souffre alors de l’infériorité sociale et intellectuelle du milieu où sa mère la condamne à vivre. Pour se défaire de cette emprise, la jeune fille épouse « un jeune homme mince, assez élégant, d’une figure gaie et d’une allure militaire ».

George Sand mari Femme qui a marque Paris

Portrait de George Sand et et son mari François Casimir Dudevant,                    par François-Auguste Biard

Aurore Dupin devient la baronne Dudevant le 17 septembre 1822 et le jeune couple s’installe à Nohant. Aurore croyait gagner sa liberté dans ce mariage, mais c’est sans compter l’époque, où les femmes sont considérées comme des mineures toute leur vie, bonne à enfanter seulement. D’ailleurs, elle donne naissance à un fils, Maurice, le 30 juin 1823 à Paris. Mais sa vie de couple est un désastre.

Aurore enchaine les amourettes. Elle et son mari décide alors d’un arrangement : moyennant une subvention de 250 francs par mois, François l’autorise à s’établir à Paris avec sa fille, six mois par an, le reste du temps elle doit le passer dans le Berry. Aurore quitte donc le Berry et s’installe à Paris en 1831, quai Saint-Michel (75005).

Quai Saint Michel George Sand Paris

Le quai Saint-Michel vu depuis le quai des Grands-Augustins, vers 1895

Très vite, ces 250 francs mensuels ne lui permettent pas de vivre correctement, à l’époque, la toilette d’une femme couche cher. « On ne peut pas être femme à Paris à moins de vingt-cinq mille francs de rente », selon Balzac. C’est pour cela qu’elle adopte à nouveau un look masculin : une « redingote-guérite », une grosse cravate en laine et  un chapeau de feutre. Elle se fait même couper les cheveux jusqu’aux épaules. Habillée ainsi elle se fait passer pour un jeune étudiant et suit une petite bande d’intellectuels berrichons vivant une vie de bohème dans les rues du Quartier Latin.

George Sand par le peintre François Théodore Rochard, vers 1835.

Elle s’essaye au journalisme au sein de la rédaction du Figaro, alors tenu par Henri de Latouche. Avec son nouvel amant, le romancier Jules Sandeau, Aurore rédige un roman, Rose et Blanche, publié sous le nom de Jules Sand.

Ce livre connaît un certain succès, au point qu’un autre éditeur se présente et commande un roman sous le même nom. Aurore propose sa première oeuvre personnelle, Indiana, mais Jules refuse par modestie. Henri de Latouche est consulté et tranche : le nom de Sand sera gardé, mais il faut choisir un autre prénom. Aurore prend celui de George, qui étymologiquement signifie « celui qui travaille la terre ». Indiana est donc publié le 19 mai 1832 et Aurore Dudevant devient définitivement George Sand.

George Sand Paris

Portrait de George Sand en costume masculin. XIXème © Getty Image

George comme Aurore est engagée, avant-gardiste, ce premier roman est une dénonciation de l’institution du mariage. C’est un véritable succès et le début d’une belle carrière littéraire. Dans ses premiers romans, l’amour passion se heurte aux conventions sociales de son époque. George Sand, par son style, ses opinions et sa liberté sexuelle dérange, déstabilise et s’en amuse.

Le 17 juin 1833, elle rencontre Alfred de Musset, le grand amour de sa vie. Ils s’installent rapidement ensemble, quai Malaquais (75006). Leur histoire est passionnelle, ils s’aiment, se séparent, se réconcilient jusqu’en 1835. On en garde aujourd’hui d’incroyables lettres d’amour et des romans, inspirés de cette relation, comme Elle et lui (1859) écrit par G. Sand, ou La confession d’un enfant du siècle (1836) rédigé par Musset.

Sand et Musset Paris

Alfred de Musset et George Sand. © radio-france

Autre relation singulière, celle qui lie George à Chopin, pendant dix années. Pourtant,  lorsqu’il la rencontre dans un salon parisien, le 13 décembre 1836, le compositeur aurait déclaré « Elle est antipathique cette Sand. Est-ce bien une femme? J’arrive à en douter ». Elle est une amoureuse des plaisirs de la chair, lui un grand sensible à la santé fragile. George sera sa garde malade, plus que son amante. « Il y a sept ans que je vis avec lui comme une vierge…» écrit-elle.

George Sand et Chopin

Photo: reconstruction hypothétique du double portrait de Frédéric Chopin et de George Sand par Delacroix

Dès 1836, George Sand prend des positions sociales et politiques avancées qu’elle fait passer dans des romans comme Consuelo (1842). En 1844, elle fonde le journal L’Eclaireur de l’Indre, participe au début de la deuxième République aux nouveaux journaux républicains comme le Bulletin de la République, la Cause du peuple et la Vraie République. Dans La ville noire (1860) elle prône un socialisme utopique.

En février 1848, elle rédige de nombreux écrits de propagande, conseille Ledru-Rollin dans la coulisse… Mais les journées de Juin vont briser ses belles illusions de République parfaite.

 » La Gigogne politique de 1848 « , caricature faite à Bourges en 1848, tirée de la collection romantique de Adolphe Jullien. © Bianchetti-Leemage / AFP

Féministe acharnée, elle a critiqué son époque sans vergogne, à travers romans, pièces de théâtre, contes et nouvelles…  Elle a réclamé la légalisation du divorce, le droit des femmes à s’affranchir, à gérer leur fortune et leur vie sexuelle. L’écriture a été son moyen d’émancipation, elle s’en est servie pour dénoncer le patriarcat, mais aussi pour lutter pour l’abolition de l’esclavage ou le suffrage universel.

Dès 1846, George est fatiguée de la vie parisienne : « Rien de tout cela ne m’intéresse ni ne m’amuse. Paris n’est qu’un paradoxe. » Elle écrit des romans en hommage à sa campagne berrichonne, comme La mare au diable ou La petite fadette.

George Sand ces femmes qui ont marqué paris

Geroge Sand jeune, par Charpentier

Son dernier amant, Alexandre Manceau, d’origine ouvrière, lui offre une fin de vie paisible. George Sand meurt le 8 juin 1876 à 72 ans, à Nohant. Elle est considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands écrivains du 19 ème siècle.

Une rue porte son nom dans le 16 ème arrondissement de Paris. 

Rue George Sand Paris

© Parisrues

C.B

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