La Bièvre, une rivière cachée sous Paris depuis un siècle

Tanneries au bord de la Bièvre à Paris, vers 1870 © Charles Marville, Domaine public

Si tout le monde connaît la Seine, rares sont ceux qui ont déjà entendu parler de la Bièvre. Cette rivière a disparu il y a un siècle et se cache désormais dans les sous-sols parisiens.

Bercy Village

Depuis plus d’un siècle, elle coule sous les pavés des 5e et 13e arrondissements sans qu’aucun Parisien ne puisse plus la regarder, et pour cause : la Bièvre, rivière qui prend sa source dans les Yvelines, est cachée sous une masse de béton depuis 1912. Pourquoi a-t-elle été recouverte ? On retrace pour vous l’existence, moins tranquille que celle d’un fleuve, de cet ancien cours d’eau nourricier de Paris.

Une rivière utilisée pendant des siècles par l’artisanat parisien

Avant d’être recouverte, la Bièvre entrait dans Paris par la Poterne des Peupliers (au niveau de l’actuel Boulevard Kellermann, dans le 13e arrondissement) et se jetait dans la Seine, au niveau de la gare d’Austerlitz. Longue de 36 km, elle serpentait dans la banlieue sud de Paris, de Guyancourt à Gentilly en passant par Massy, puis dans la capitale en traversant le Jardin des Plantes et le Quartier latin. Pendant des siècles, elle a rythmé la vie artisanale parisienne, au point de se transformer, à l’aube du XXe siècle, en un bourbier pollué, sale et terriblement malodorant.

L’usage de la Bièvre à des fins artisanales commence au milieu du XIe siècle quand plusieurs moulins sont construits à ses abords. Mais le cours d’eau, bien plus étroit et tranquille que la Seine, a aussi les faveurs des blanchisseurs, tanneurs, teinturiers et mégissiers qui s’installent sur ses rives  au XVe siècle : la famille Gobelin, à l’origine de l’emblématique manufacture des Gobelins dans le 13e arrondissement, est l’une des premières teintureries installées sur les bords de la Bièvre à l’aube de la Renaissance. En parallèle au développement artisanal du cours d’eau, de plus en plus d’habitants s’installent dans le quartier et, à une époque où les égouts n’existent pas encore, jettent leurs déchets dans la Bièvre.

Vue de l’arrière de la Manufacture des Gobelins et abside de la chapelle © Gallica / BnF

Cette utilisation massive de la Bièvre aura finalement raison de son existence au coeur de Paris : en 1875, on décide de recouvrir le cours d’eau, devenu un immense égout à ciel ouvert. La Bièvre ne charrie alors plus aucun poisson, uniquement les déchets des industries alentours et les odeurs qui vont de paire. La bétonisation de l’ancien cours d’eau, dont il reste encore quelques traces à l’extérieur de Paris, s’achève en 1912. Aujourd’hui, la Bièvre a complètement disparu de la capitale et seules des plaques commémoratives, disséminées sur les trottoirs le long de son ancien tracé nous rappellent l’existence de ce bienveillant cours d’eau.

Plaque commémorative montrant un emplacement de l’ancien lit de la Bièvre © VVVCFFrance

 

C.D

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