Le jour où… Les Parisiennes ont enfin pu porter un pantalon !

Depuis quand les Parisiennes sont-elles légalement autorisées à porter un pantalon ? Depuis la fin du XIXe siècle, période qui a vu s’accroître de façon radicale le nombre d’associations féministes ? Depuis 1910, année de la première « Journée internationale des femmes » ? Depuis 1944, quand le droit de vote a été accordé aux femmes ? Non, depuis le 31 janvier 2013.

Et non ce n’est pas une blague du 1er avril en avance ! En effet, depuis 1800, une ordonnance préfectorale autorise, sous certaines conditions, les Parisiennes à « s’habiller en hommes », autrement dit à porter un pantalon. Si cette autorisation exceptionnelle a été vue comme une avancée au moment de son instauration, son corollaire est beaucoup moins progressiste : les femmes n’ayant pas obtenu d’autorisation ont de facto l’interdiction de porter le pantalon

Or, cette ordonnance n’a jamais été officiellement abrogée et n’a été déclarée sans objet que le 31 janvier 2013 ! Cette ordonnance qui n’avait vigueur qu’à Paris et en petite couronne n’est évidemment plus respectée depuis bien longtemps, mais elle a joué des sales tours à plusieurs femmes qui, parce qu’elles voulaient se battre pour les droits de femmes ou se montraient un peu trop « masculines », s’y sont cassé les dents.

Dès 1887, la féministe Marie-Rose Astié de Valsayre tentait de faire abroger cette loi : s’étant vu refuser la « permission de travestissement », elle avait demandé aux députés d’« éliminer la loi routinière, qui interdit aux femmes de porter le costume masculin, tout aussi décent, quoi qu’on en puisse dire, surtout incontestablement plus hygiénique ». Elle n’obtiendra que railleries et mépris de la part des députés et journalistes de l’époque.

Permission de travestissement accordée par le préfet de police de Paris à Adèle Sidonie Louis le 28 octobre 1862.

Une trentaine d’années plus tard, en 1930, cette ordonnance sera utilisée pour radier l’athlète Violette Morris de la Fédération française sportive féminine. Son crime ? Avoir porté un pantalon en public et ainsi donné un exemple « déplorable » aux femmes de son époque.

Cette ordonnance a beau être tombée en désuétude depuis bien longtemps, son abrogation implicite en 2013 n’est pas une petite victoire : elle récompense le combat des milliers de femmes qui se sont battues au fil des décennies pour porter le « vêtement masculin ».

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