Les trésors de Notre-Dame : lesquels sont sauvés, lesquels sont perdus ?

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La Cathédrale Notre-Dame avant l'incendie © Samot
La Cathédrale Notre-Dame avant l'incendie © Samot

Tout aussi importants que l’édifice en lui-même, les innombrables trésors conservés dans la Cathédrale Notre-Dame ont subi la violence de l’incendie qui a ravagé le monument ce lundi 15 avril 2019. La plupart d’entre eux ont pu être sauvés, mais pas tous. On fait le point.

Les reliques de la Passion

Le trésor le plus précieux de la Cathédrale se trouvait dans la sacristie, tout au fond de la cathédrale. Il se compose de la Sainte-Couronne d’Épines qui, selon la tradition catholique, a été posée sur la tête de Jésus un peu avant sa crucifixion, de la tunique de Saint-Louis, d’un morceau de la Croix, d’un clou de la Passion et de quelques objets anciens. Du fait de son importance et de sa valeur, cet inestimable trésor a été sorti de l’édifice dès les premières minutes de l’incendie par les pompiers de Paris, menés par leur aumônier principal. Il se trouve désormais en sécurité au Louvre.

La flèche et le coq

Dans les heures qui ont suivi l’incendie de la cathédrale, tout le monde pensait que le coq qui surmontait la flèche avait fondu et chuté en même temps que cette dernière et était définitivement perdu. La bonne nouvelle est pourtant tombée mardi 16 avril en début de soirée : ce dernier a été retrouvé dans les décombres. Endommagé par sa chute de 93 mètres, il semble néanmoins en bonne forme !

En ce qui concerne les reliques qu’il contenait, leur sort est encore incertain : sont-elles toujours à l’intérieur du gallinacé ? Ont-elles été éjectées ? Ont-elles fondu ? Ces questions restent sans réponses pour le moment. Ces trois reliques – une épine de la Sainte Couronne, une relique de Saint Denis et une de Sainte Geneviève, les deux patrons de Paris – avaient été installées dans le coq dans les années 1920 comme un symbole de protection de Paris et ses habitants.

Les orgues, dont le grand Orgue

La Cathédrale Notre-Dame renferme deux des plus beaux orgues de la capitale, dont le remarquable Grand Orgue, composé de 109 jeux et près de 8 000 tuyaux. Entamé dès le XVe siècle, il s’est agrandi au fil des siècles pour atteindre sa taille actuelle au XVIIIe siècle. Grâce à la protection des hommes du feu parisiens, il a été majoritairement épargné, mais son état précis reste incertain. L’orgue de choeur a semble-t-il été endommagé par les infiltrations d’eau tandis que le Grand Orgue a subi des dépôts de suie et de poussière liés à l’incendie. Ils devront sans doute être démontés, nettoyés et réparés avec un soin et une minutie que seuls les meilleurs organiers du monde peuvent procurer.

Les trois grandes rosaces (nord, sud et la rosace de la Vierge)

C’est sans doute le vrai miracle de cette terrible soirée du 15 avril : les trois rosaces principales de Notre-Dame semblent avoir été épargnées ! Construites aux XIIe et XIIIe siècles, elles font partie des plus anciennes oeuvres d’art de la cathédrale et mesurent 13 mètres de diamètre pour les deux plus grandes. L’une d’entre elles, on ignore encore laquelle, a néanmoins subi la chaleur de l’incendie et devra probablement être démontée afin d’être renforcée. Quant aux autres vitraux, dont la plupart datent du XIXe siècle, leur état de santé est encore inconnu, même si les photos et vidéos prises à l’intérieur de l’église après l’incendie les montrent encore présents.

Le Grand Orgue de Notre-Dame avec, en arrière plan, l’une des rosaces. © Frédéric Deschamps / Wikicommons

Les grands Mays et les peintures de la cathédrale

Lorsque l’incendie s’est déclaré dans les combles de la cathédrale, 13 des 76 « Grands Mays », des peintures offertes chaque 1er mai entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres parisiens, se trouvaient dans l’édifice. On sait qu’aucun tableau n’a pris feu, mais on ignore encore s’ils sont intacts ou suffisamment épargnés pour être restaurables. Dans tous les cas, un grand travail de nettoyage et de déshumidification devra être mis en oeuvre pour sauver définitivement ces chefs d’oeuvres, dont le plus beau d’entre eux, La Visitation (réalisé par Jean Jouvenet en 1716) se trouvait sur le mur ouest de la Chapelle Saint-Guillaume

Le Bourdon du beffroi sud

Baptisé Emmanuel par Louis XIV, le Bourdon de la tour Sud de Notre-Dame est la deuxième plus grosse cloche de France derrière celle du Sacré-Coeur de Montmartre. Cette cloche fondue il y a plus de 300 ans, en 1681, pèse près de 13 tonnes et sonne habituellement pour les grandes fêtes catholiques et les événements majeurs qui ont lieu dans la cathédrale. Elle n’a pas été touchée par l’incendie, mais ne sonnera sans doute plus avant plusieurs années…

Le bourdon « Emmanuel », installé dans la tour Sud © Tristan Nitot / Wikicommons

La forêt

Et évidemment, on n’oublie pas la perte de ce qui était sans doute le plus beau trésor de Notre-Dame, ce qui nous rappelait à quel point les bâtisseurs de la cathédrale s’étaient surpassés pour construire l’édifice : son emblématique charpente, constituée de 1300 poutres venues de 1300 chênes différents, plantés spécialement pour le monument. Une immense « forêt » présente sous la voûte depuis le XIIIe siècle et définitivement perdue.

C.R